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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 15:41
Vu sur le site de Télérama :

Livres et musique classique en danger ?
Le constat est sévère et ne date pas d'hier : depuis plusieurs décennies, les livres séduisent de moins en moins les nouvelles générations, si bien que l'érosion des lecteurs s'accompagne d'un vieillissement du lectorat. Ce sont les baby-boomers qui sauvent la situation, les 55-64 ans lisant plus que leurs homologues de la précédente étude. Mais l'éclaircie devrait être de courte durée : les 15-24 ans lisent moins que leurs prédécesseurs d'il y a dix ans. 26 % des garçons de cette tranche d'âge n'ont ainsi lu aucun livre au cours des douze derniers mois, contre 15 % des filles, la lecture ayant tendance, on le sait, à se féminiser. La lecture sur écran (ordinateurs ou e-books) sauvera-t-elle le soldat bouquin ? La suite au prochain numéro...

La musique classique est aussi victime d'une désaffection de la part des nouvelles générations, 1 % seulement des 15-35 ans la plaçant en tête de leurs préférences. Au fil du temps, la situation ne cesse de se dégrader. La proportion de Français ayant assisté à un concert classique au cours de l'année écoulée est ainsi descendue, entre 1997 et 2008, de 8 à 6 %.

Les amateurs de rock viendront au classique quand ils auront 40 ans, assuraient certains il y a quelques années. On sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. Les goûts des nouvelles générations changent, et se perpétuent quand ses membres vieillissent. Qu'en sera-t-il de cette préférence largement manifestée par les plus jeunes pour la musique et le cinéma anglo-saxons ? 54 % des moins de 35 ans, qui fréquentent les salles au moins une fois par mois, préfèrent ainsi les films américains. Et 44 % des 15-19 ans choisissent en priorité la musique d'outre-Manche ou d'outre-Atlantique. Il y a là une des « expressions des profondes mutations générationnelles aujourd'hui à l'oeuvre, estime Olivier Donnat. Les jeunes voyagent, n'hésitent pas à étudier, voire à s'installer à l'étranger. L'espace mondial leur est rendu évident par Internet. Tous ont un accès précoce à la musique, aux films ou aux séries américaines, ils grandissent dans un univers culturel largement globalisé, où l'anglais règne en maître... ».

Culture et distraction dans le même bateau
Pas de doute là-dessus, les écrans sont devenus, pour la plupart d'entre nous, le support privilégié de nos rapports à la culture. Avec une conséquence essentielle : ils accentuent la porosité entre le monde de l'art et celui du divertissement. Dans la culture numérique, se distraire, s'informer, accéder à des oeuvres, pratiquer une activité en amateur, communiquer avec des proches se mêlent intimement, s'entrecroisent sans cesse, se cumulent et se succèdent. Pour les moins de 25 ans, Internet est le lieu qui donne accès à tout. Et « c'est ce qui est le plus déstructurant par rapport aux classifications anciennes », estime Olivier Donnat. Une distinction telle que culture légitime et culture illégitime, par exemple, mise en avant par Pierre Bourdieu et qui renvoyait aux années 60 quand l'école et les familles soucieuses de léguer un patrimoine constituaient les principales instances de transmission. Aujourd'hui celles-ci sont multiples, liées aux industries culturelles et aux médias. Culture et distraction, culture savante et culture populaire, tout est mélangé. « Tout est sur la surface plane de l'écran, il suffit d'un clic pour passer du plus érudit au plus distractif, remarque Olivier Donnat. On peut même faire les deux en même temps, lire un texte sophistiqué en écoutant des chansons débiles. Certains sites s'attachent à mêler le plus sérieux et le plus fantaisiste. C'est le caractère inédit de l'outil Internet, par essence le lieu de l'impur. » On peut en concevoir des craintes ou au contraire en espérer des ouvertures, de nouveaux chemins pour accéder aux oeuvres les plus pointues. Toujours est-il que pour les jeunes générations la distinction entre culture légitime et culture illégitime est aujourd'hui largement vidée de son sens.

Plus rien à partager ?
Il suffit de se promener sur les réseaux genre Facebook. Pour se présenter, chacun avance sa carte d'identité culturelle : musiciens, écrivains, films préférés... « Chacun sa combinaison propre, souligne Olivier Donnat, sa liste inédite de goûts et d'appartenances diverses et qui renvoie à l'intime, que la culture permet d'exprimer de manière privilégiée. Cette logique de plus en plus individuelle est accentuée par la diversification de l'offre, les industries culturelles n'ayant de cesse de segmenter au maximum le marché, permettant des combinaisons de plus en plus complexes. » Du coup, les domaines partagés par tous ne risquent-ils pas de se réduire comme peau de chagrin ? Que restera-t-il qui permette une appartenance collective, que l'on soit jeune ou vieux, diplômé ou pas, fan de Brassens ou de Coldplay ?

 

Parlez-vous numérique ?
Eric Scherer, en charge de la stratégie à l’AFP, est bien placé pour observer et tenter d’anticiper les mutations de nos pratiques culturelles. Il publie ces jours-ci un glossaire intitulé La Révolution numérique. De « e-book » à « streaming » en passant par « digital natives », il s’adresse à ceux qui peuvent se sentir largués face à la rapidité de ces changements. « Les dernières innovations ne sont pas seulement technologiques, dit Eric Scherer. Elles sont, avant tout, culturelles et sociales. L’événement de ces dernières années, c’est la prise de pouvoir par le public des moyens de production et de distribution de l’information et des contenus culturels. » Quid alors de notre culture commune ? « L’Education nationale est en première ligne pour la transmettre et apprendre aux plus jeunes à bien se servir de ces nouveaux outils, à exercer leur esprit critique et à faire leur miel avec le meilleur de ce qui est disponible dans l’océan de la Toile. Quant aux adultes, ils ont aujourd’hui accès, via le Net, aux experts – musiciens, juristes, scientifiques, philosophes – qui jusqu’ici étaient l’apanage exclusif des journalistes. La possibilité de la découverte reposait alors sur le fait qu’on achetait un journal sans savoir tout ce qu’il contenait. Mais Internet n’a pas aboli cette possibilité, au contraire ! Je suis d’ailleurs convaincu que le rôle des journalistes Web sera de la faire surgir en assurant la fonction de tri, de vérification et de recommandation. » Message reçu.

Sophie Lherm

La Révolution numérique, glossaire, d’Eric Scherer, éd. Dalloz, 195 p., 3 €.

 

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Michel Abescat

Télérama n° 3118

(1) Etude réalisée auprès d'un échantillon de 5 004 personnes de 15 ans et plus résidant en France.

A lire
Les Pratiques culturelles des Français à l'ère numérique,
coédition La Découverte/ministère de la Culture, 288 p., 20 EUR (en librairie le 15 octobre).

Les résultats complets de l'enquête peuvent être consultés sur www.pratiques culturelles-culture.gouv.fr
La synthèse de l'enquête est disponible en .pdf ici




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CBR Musique Hérault - dans Notre métier
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commentaires

eric1871 23/10/2009 13:25


En complément, au cas où vous ne l'auriez pas vu, cet excellent article : http://www.bibliobsession.net/2009/10/22/le-piratage-numerique-du-livre/


Cédric Libuda 19/10/2009 15:53


Du mouron à se faire...

C'est un article sur l'étude complète des "Pratiques culturelles des Français à l'ère numérique" d'Olivier Donnat. Le lien vers la synthèse y est indiqué.

Sans être pessimiste de nature, j'avoue que l'avenir me semble incertain. Dans un monde où la lecture d'imprimés est en constant recul (lira-t-on encore des livres dans 30 ans ?) et où les
pratiques culturelles s'opèrent de façon nomade, quelle est la place de la médiathèque ?

Seule note amusante : les limites entre culture et divertissement qui s'effacent. Cela nous laisse la possibilité d'infuser la première par le second...