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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 09:52
Vu sur electrolibre :

Indicateurs du SNEP : une industrie du disque exsangue

Dans sa Lettre du SNEP et du GIEEPA (GIE de l’industrie phonographique et audiovisuelle) de septembre, le syndicat des maisons de disques en France publie quelques indicateurs qui donnent le tournis. Avec un marché physique en chute libre (- 63 % en valeur depuis 2003) et un marché numérique dont la croissance se traine (+ 4,7 % à peine au premier semestre 2009 par rapport à l’an dernier sur la même période), l’industrie du disque paraît presque exangue, au terme d’une redoutable cure d’amaigrissement.


Par rapport au premier semestre 2002, la valeur du marché des singles a été divisée par 6. Et dans le même intervalle, celle du marché des albums est passée de 482 M€ à 173 M€. Quant aux vidéos musicales, qui ont connu un mini boom au milieu des années 2000, elles se vendent beaucoup moins bien aujourd’hui (15,6 M€) qu’en 2005 (39 M€) ou même en 2002 (18 M€).


La variété française s’effondre (109 M€ de CA au 1er sem. 2009, contre 349 M€ au 1er sem. 2002). La variété internationale ne fait pas mieux (66 M€ contre 201 M€). Il ne s’est plus commercialisé que 453 albums au premier semestre 2009, contre 1332 en 2002 sur la même période. Quant au solde des contrats rendus sur les six premiers mois de l’année (47 vs. 23 au 1er sem. 2002) et des nouvelles signatures (35 vs. 91), il est négatif pour la deuxième fois consécutive en 5 ans.


Seule face à cette ribambelle d’indicateurs du désastre vécu par l’industrie de la production musicale depuis 6 ans, la courbe de progression des ventes numériques (37,6 M€ au 1er sem. 2009 contre 5,8 M€ en 2002) paraît bien désuette. On a peine à imaginer qu’elle puisse porter tous les espoirs de renaissance économique de la filière.


Croissance pépère du téléchargement

C’est pourtant vers elle qu’il faut se tourner, et vers l’analyse de l’évolution de ses composantes. Premier constat : le téléchargement sur Internet poursuit une progression ascendante (+ 39 % sur un an au 1er sem. 2009) qui, sans être spectaculaire, reste soutenue malgré la crise (+ 23,3 % entre le 1er et le 2ème trimestre 2009) et la concurrence de la gratuité sous toutes ses formes.


Deuxième constat : les ventes de sonneries et de titres en téléchargement sur les mobiles s’effondrent de moitié sur un an (- 51,4 % au 1er sem. 2009) et la tendance se poursuit séquenciellement (- 15,5 % entre le 1er et le 2ème trimestre 2009). Le marché des sonneries est clairement en fin de cycle. Et celui du téléchargement sur les mobiles (- 66 % sur un an) ne se place plus du tout sous les meilleurs auspices.


Difficile d’imputer une quelconque responsabilité au téléchargement illégal dans ces déboires du marché de la musique sur les mobiles. La nature de l"offre - chère, très concentrée et peu ergonomique -, et son décalage avec les attentes des consommateurs, sont certainement à mettre en cause.


Troisième constat : le marché du numérique - et la solidité de sa courbe ascendante - a surtout été porté sur les six premiers mois de l’année par la montée en puissance du streaming et de l’abonnement, dont les revenus ont été multipliés par trois en l’espace d’un an, à 10 M€, soit plus du quart du marché numérique (26,7 %).


Un marché du streaming fragilisé

Mais cette tendance est artificielle à bien des égards : d’une part, certains estiment que le chiffre du streaming et de l’abonnement a été gonflé par le SNEP ; d’autre part, personne ne sait exactement ce qui rentre dans ces revenus, et si les avances sur recettes perçues par les majors, notamment, en font partie. C’est probable, et inquiétant à plus d’un titre.


Nombre d’acteurs de ce marché sont fragilisés, en effet, par le coût d’accès aux catalogues que constituent ces avances doublées de minimums garantis, constate l’Observatoire de la musique dans son dernier état des lieux de l’offre numérique en France. Elles ne viennent gonfler qu’artificiellement les revenus des majors et brident durablement les initiatives et la capacité d’innovation des start-up du secteur.


A côté d’un marché du téléchargement dont la croissance pépère mettra des années à compenser à elle seule la baisse des ventes de CD, c’est faire peser bien des incertitudes sur toutes les offres de flux : les seules à même, aujourd’hui, de relancer le marché de la musique sur Internet et sur les mobiles et de réintroduire des modèles payants dans la consommation de musique.


Enjeu de politique industrielle

Alors que se poursuivent les consultations menées par la mission Zelnik, c’est le tableau d’une industrie exsangue qui se dresse sous nos yeux. Une terre brulée sur laquelle il va falloir créer et développer de toute pièce un nouveau tissu industriel, à la croisée de l’innovation logicielle, du développement des réseaux sociaux numériques et de la production artistique.


Il y a peu de chances que les majors, qui signent de moins en moins d’artistes, sortent de moins en moins d’albums (trois fois moins qu’en 2002) et se recentrent sur l’exploitation de leur fond de catalogue (les Beatles sur Rock Band...), donnent l’impulsion du sursaut nécessaire. Elles freineront ou accompagneront le mouvement au gré de leurs intérêts.


L’impulsion sera donnée par tous ceux qui s’aventurent sur les chemins de l’autoproduction, de l’autodistribution et de l’autopromotion, presque devenus des passages obligés ; et sur ceux de l’innovation dans les logiciels et les services. En clair, c’est d’une politique industrielle favorisant l’initiative, l’indépendance, la diversité et l’innovation, dont a besoin la musique aujourd’hui. Tout le contraire de celle qui est menée jusqu’à présent sous la pression de certains lobbys.

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CBR Musique Hérault - dans Music Business
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