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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 11:17

Vu sur Fluctuat :


L’industrie de la musique deviendrait-elle un immense Jouetland ? Vroum de voiturette, pouët de Sophie la girafe, zoing de console Atari, les sons de jouets ont la cote et inspirent artistes et évènements. Analyse de cette toy story.

Dès la sortie de La Maison De Mon Rêve, le premier album des CocoRosie, on a crié au génie. Entre les voix miaulantes et un peu sorcières des sœurs Casady, s’entendaient, ici un dring de tricycle, là un bzit bzit de robot. Des sons de jouets étaient samplés, apportant à leur psyché folk une touche d’Alice au pays des merveilles. Depuis, on ne compte plus les groupes - de Oasis sur Dig Out Your Soul aux frenchies rennais Montgomery - qui farfouillent dans le coffre à joujoux, à la recherche d’un pouêt ou d’un drelin propre à réveiller l’enfant qui sommeille en chacun. Dernier exemple en date avec Cocoon, qui chez eux, nous expose leur petite lubie pour les "toy instruments", démo en video.

 

 

De Pascal Comelade à Music For Toys et l'expo Musique en Jouets

Signe de la tendance, deux évènements parisiens se font écho : le Festival Music For Toys qui, du 26 au 28 juin, laisse s’amuser une dizaine d’artistes déjantés (Madame Patate, Klimperei, Chapi Chapo…), tandis que le Musée des Arts Décoratifs propose une expo "Musique en Jouets" (jusqu’au 8 novembre) et des installations fofolles (dont un opéra "chanté" par 100 lapins Nabatzag !) ; parmi ses invités, le musicien Pascal Comelade, qui trouve CocoRosie "scolaire, anémique et coincé du cul". Faut dire, l’artiste catalan fait de la toy music depuis plus de trente ans, lui…

pascale comelade Ce fondu d’Erik Satie a touché son premier toy piano en 1978. "À l’époque, il n’y avait que moi et le Penguin Café Orchestra (connu pour son titre "Telephone & Rubber Band", avec un sample de sonnerie en boucle, NDLR). Je suis tombé amoureux de l’incroyable palette de sons offerts par les jouets. En les mélangeant à une lutherie classique, j’ai pu créer mon propre langage, et toucher tous les publics, de la mémé au punk à chien." Confessant enfin que "80 % de mes objets ne marchent plus, à force de les triturer et cogner dessus. Je viens d’en léguer une centaine au Musée Dali de Figueras."

 Pascal Comelade est un pionnier, mais pas le premier. Il faudrait remonter à l’électroacoustique radicale d’un Edgard Varèse (utilisant n’importe quoi pour les percussions) aux maîtres de la musique concrète, de Xenakis à Stockhausen, et surtout John Cage, fan de toy pianos. Puis, ce fut Pianosaurus Rex, groupe barjo des 70’s, notre ami Comelade donc, et Pierre Bastien qui a monté un orchestre domestique… d’une dizaine d’automates Meccano !

Chip Music, quand les nerd s'y mettent

Aujourd’hui, le mouvement déferle de partout et connaît ses courants, à commencer par la Chip Music. Ses stars, comme le Suédois DubMood, ne sont connues que des initiés. Le principe ? Composer, à l’aide de puces audios de consoles de jeux vintage et de vieux ordis (genre Atari ST ou Commodore 64). Pour sortir ces sons, grinçants et artificiels, des ateliers bidouillage se multiplient, comme tout récemment au Palais de Tokyo, où l’on voyait des geeks tripatouiller les entrailles électroniques des jouets. La Chip Music a même ses techniques, comme le Circuit Bending, assez proche de la Noise Music, consistant à court-circuiter volontairement, par exemple, une Nintendo NES ou une "Dictée magique" de Texas Instrument. Pour en tirer des trémolos bizarres, des "glitches" (défaillances électros), et du sound design comme sorti d’une usine tenue par le diable. Parmi les artistes phares du genre, citons le groupe électro Confipop ou ceux du label allemand Mille Plateaux. Ksssprrzitboïng garantis !

Musiciens collectionneurs

MELODICA D’autres artistes préfèrent le son patiné d’un jouet à l’ancienne. C’est le cas de Tazio & Boy, duo azimuté de Saint-Nazaire, exhumant le melodica (clavier dans lequel on souffle via un gros tuyau), le glockenspiel ou les carillons. Mais aussi les catalans Cabo San Roque, Gregaldur au milieu de ses pédales loop, les Don Simon Y Telefunken… Ou plus fort encore, Chapi Chapo & les petites musiques de pluie : derrière ce nom à rallonge, un multi-instrumentiste du Finistère génial (il faut écouter son "Early Bird") qui fouille les vide-greniers et brocantes virtuelles sur e-bay. Objectif : dénicher de vieux tambours d’enfant, des sifflets à turbine, ukulélés, mirlitons, et surtout, star ultime du genre, le toy piano. "C’est Yann Tiersen, pour la B.O. d’Amélie Poulain, qui l’a fait connaître, situe Christophe de la formation Klimperei. Du coup, c’est énervant, on pense que tout le monde le copie, ce n’est pas vrai, j’en fais depuis 30 ans !" Dès les années 80 et après avoir acheté son piano Yamaha, Christophe a fait les poubelles et le garage de son voisin, pour dégotter de la trompette en plastoc, des happeaux, du xylophone, pour des compos qui lorgnent vers les pièces d’un Poulenc ou d’un Satie devenu fou. "J’adore mixer ça avec de vrais instruments, s’enflamme Christophe. Ça leur donne une touche lo-fi, minimaliste et cracra".

Ksssprrzitboïng !

monsieur tympanL’intérêt de tout ça ? Le dérisoire assumé. Le culte de l’imparfait, du bancal, du défectueux. Les sons de jouets font des couacs (et des pouëts) au milieu des instruments classiques. "C’est une manière de les désacraliser, juge l’artiste de Klimperei. Grâce au développement de la Home Music, donc du bricolage, on peut faire des arrangements sonores avec un PC, un logiciel type Cubase, une casserole, un bruit de store et trois bouts de ficelle. Les gens en ont marre du son rond et léché de l’electro". Des artistes sans moyen, du coup, s’engouffrent dans la brèche - de Top Montagne à Anne Laplantine - privilégiant l’émotion intime au grand bazar parfait et orchestral. "C’est le triomphe du son acoustique, se réjouit Pascal Comelade. Comme une réponse au boum boum des machines sans âme".

L’utilisation du jouet, c’est aussi une connexion avec le réel (comme Monsieur Tympan, artiste qui mixe plein de bruits du vivant, du son de clocher au moteur de tracteur), mais surtout avec l’univers enfantin. "Ce sont des sons archaïques, dont la palette s’étend de la berceuse et du rêve, à l’inquiétant, même à l’épouvante, résume Christophe de Klimperei. Ce sont de petites notes, lancinantes, qui donnent au morceau la poésie de la Quatrième Dimension". Rien que ça. Désormais, c’est sûr vous ne regardez plus une Barbie ou une voiture télécommandée du même œil. Ni de la même oreille.

Gaël Le Bellego

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CBR Musique Hérault - dans Discographies
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