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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 12:16
Vu sur ZDnet :

L'art de programmer de bonnes playlists n'est pas donné à tout le monde. C'est pourtant le nouveau format qui émerge dans les services de musique illimités. L'album y conserve toute sa place. Mais les nouvelles pratiques d'écoute font de la playlist un format d'échange privilégié. Une rupture provoquée spontanément, comme souvent sur Internet, par les usagers eux-mêmes.

Le format de la playlist favorise le partage d'expériences musicales plus variées ; une prescription à la fois plus fine, plus diffuse, plus contextuelle et plus spontanée, qui emprunte les canaux du Web 2.0 et des réseaux sociaux ; des échanges plus profonds, plus étendus et plus riches autour de la musique ; ainsi que la mise en valeur des fonds de catalogue et l'accès à une plus grande diversité culturelle. L'écoute personnalisée est une chose, sur les webradios, smartradios et autres flux de musique interactifs. L'échange et l'écoute de playlists en sont une autre.

La playlist est souvent un concentré de culture musicale capable de fixer un moment, une émotion, une ambiance, un esprit... Elle en devient elle-même une pièce musicale à part entière. Les mash-up des DJ en sont une forme évoluée. Ces sont des « œuvres » que la Sacem reconnaît en partie comme telles, puisqu'elle accorde 10 % de droits d'auteur aux DJ.

Je sais qu'on va m'accuser de faire encore une fois du prosélytisme, mais Spotify est le premier logiciel de musique à favoriser l'émergence de la playlist comme standard d'échange. C'est peut-être, d'ailleurs, un de ses effets les plus inattendus. La gestion des playlists n'est pourtant pas très avancée dans Spotify. Elle ne l'est pas plus chez Deezer, Jiwa ou MusicMe. La seule différence, c'est que Spotify permet de créer des playlists par glisser-déplacer, ce qui est beaucoup plus souple et aisé.

C'est peut-être ce qui a motivé ses premiers utilisateurs, et entrainé aussitôt l'éclosion de toute une pépinière de sites d'échange de playlists Spotify sur le Web, créés par les utilisateurs eux-mêmes. Sylvain Corvaisier, fondateur de NeoMusicStore, a tout de suite compris où les choses se passaient : sur Twitter. Et développé en une après-midi le site d'échange de playlists Spotwify.com, qui agrège automatiquement les liens vers des playlists Spotify postées sur le service de microblogging par des centaines d'internautes, avec quelques tags ou mots de description.

Une recherche des mots clé « Deezer » ou « MusicMe » sur Twitter donne autant de résultats qu'une recherche « Spotify », mais la plupart du temps, ils contiennent des liens vers des chansons ou des albums. Rares sont les utilisateurs de ces deux services ou de Jiwa qui postent des liens vers leurs playlists. C'est d'ailleurs plus étonnant de la part de Jiwa, qui a beaucoup plus mis en avant, au départ, le partage de playlists.

Dans le cas de Spotify, en revanche, ses utilisateurs « twittent » un grand nombre de playlists. En l'espace de quelques semaines, Spotwify en a déjà agrégées plus de 2000. La quantité est au rendez-vous, pas nécessairement la qualité. Mais cela me paraît être un signe fort de l'évolution des échanges de musique sur Internet.

Un nouveau standard d'échange

Dans un tel contexte, qui verra les échanges de musique reposer de plus en plus sur des échanges de liens hypertextes (le degré ultime de dématérialisation de la musique ?), la copie de pair à pair remplira de plus en plus une fonction technique visant essentiellement à mutualiser le coût de la bande passante nécessaire à la diffusion de musique en ligne.

Si la playlist a vocation a devenir un format leader des échanges de musique – et on perçoit bien à ce titre, à l'heure des réseaux sociaux, que l'échange sera au cœur de la fonction de distribution dans la nouvelle économie de la musique – elle n'en reste pas moins pour l'instant le parent pauvre des formats musicaux.

Les industriels de la musique n'ont pas encore saisi les nombreuses opportunités que peut offrir sa promotion. En témoigne l'absence totale de proposition de leur part dans ce domaine. Je n'ai encore trouvé aucun label français ou étranger, par exemple, parmi ceux présents sur les plateformes de streaming illimité, qui ait publié sur son site ou ailleurs le moindre lien Deezer, Jiwa, MusicMe ou Spotify vers une ou plusieurs playlists de ses artistes phares, de ses dernières nouveautés, ou des meilleures références de son fond de catalogue.

Avant de transformer les artistes en marques dont on va s'échiner à assurer la promotion par tous les canaux de marketing viral possibles et imaginables, peut-être serait-il judicieux de songer à commencer par promouvoir les marques déjà existantes dans la musique. Et ces marques, ce sont les labels eux-mêmes, qui ne pouvaient pas mieux porter leur nom. Qui peut nier que Motown soit une marque ?

Parmi celles qui ont rythmé ma jeunesse, je peux encore citer de mémoire, plus de vingt ans après, des labels comme Kronstadt, Gougnaf, Boucherie Prod, Bondage Records ou encore Closer, qui furent des fleurons de la scène rock indé des années 80 en France, et qui n'ont même plus d'existence aujourd'hui. C'est dire l'attachement culturel et émotionnel qu'on peut avoir avec ces marques de musique, bien plus qu'on n'en aura jamais avec celles de quantité de produits de consommation courante. Or que peut-on imaginer de mieux comme signature d'un label de musique et de sa marque qu'une playlist ?

Les radios musicales ont compris il y a longtemps l'intérêt des playlists, qui ont formaté leur antenne. Au point qu'on sait très bien le genre de musique qu'on va trouver sur la moindre compilation NRJ. On parle d'ailleurs d'entrée en playlist pour un titre programmé en radio. Mais la playlist n'est plus aujourd'hui l'apanage des radios. Ni leur diffusion, ni leur distribution sous la forme de compilation. Avec la dématérialisation et les nouveaux services de streaming, n'importe qui peut aujourd'hui diffuser une « mixtape » de son cru sur Internet.

Je ne vais pas anticiper dans ce billet toutes les évolutions qu'est susceptible de connaître ce format, ni tous les services qui vont pouvoir se développer autour de lui. Simplement essayer de définir les quelques pistes à suivre aujourd'hui pour améliorer son écosystème. J'isolerai trois axes de développement qui me paraissent cruciaux : les gestionnaires de playlists, les outils de génération de playlists, et l'intégration de standards d'échange de playlists dans tous les matériels, services et logiciels de musique.

De nombreuses lacunes à combler

En matière de gestion de playlists, aucun des services de musique actuels n'offre de fonctions très avancées. Les utilisateurs de Spotify, qui semblent les plus hardis à chercher des solutions, se tournent vers un gestionnaire extérieur, celui des favoris du navigateur Web, qui permet de classer assez aisément des liens hypertextes de playlists et d'albums dans des arborescences de dossiers et sous-dossiers. Pourquoi ne pas utiliser, de la même manière, des services de partage de favoris comme Delicious, dont le système de tags, utilisé à bon escient, peut permettre de les indexer intelligemment et même de les partager ?

Globalement, ces deux alternatives réunissent les fonctions de ce que pourrait être un bon gestionnaire de playlists : classement, indexation, navigation, marquage, publication, partage. Idéalement, je penche pour un logiciel idoine capable de s'interfacer avec différents jukebox logiciels, services en ligne et réseaux sociaux, pourquoi pas via des plug'in, et qui permettrait également de classer ses sélections d'albums dans le même format des playlists.

Il pourrait suffire de cliquer sur un titre dans Spotify ou sur Deezer pour ouvrir un menu contextuel proposant notamment de l'ajouter à une playlist dans son gestionnaire, via un formulaire de publication permettant de le taguer ou de l'indexer correctement.

Concernant la génération de playlists, on dispose, comme pour leur gestion, de nombreux outils épars qu'il y aurait un intérêt certain à agréger d'une manière ou d'une autre au sein d'un logiciel unique, pourquoi pas le gestionnaire de playlists lui-même, qu'il s'agisse des fonctions de recommandation de Last.fm ou d'utilitaires comme Music IP Mixer. Ce dernier, en l'occurence, s'appuie sur une base de plusieurs millions de titres dont les caractéristiques (tempo, harmonie, instruments, etc.) ont été analysées et qui permettent de faire des rapprochements dont on peut faire varier les paramètres.

Une de mes frustrations actuelles avec Music IP Mixer, notamment, est de ne pouvoir l'utiliser que sur la base des 20 000 titres au format MP3 stockés sur mon disque dur, quand un simple plug'in Spotify permettrait de travailler sur des millions de titres. Pouvoir « matcher » les suggestions de Music IP Mixer avec une sélection d'amis dont on peut interroger les préférences sur Last.fm, Facebook ou ailleurs, afin de constituer la playlist d'une soirée que l'on va passer avec eux, est une des fonctions avancées qui me vient par exemple à l'esprit.

Resterait à adopter un format de playlist standard dans tous ces outils, comme le XSPF, et à intégrer son support à tous les services et logiciels de musique. Ni Spotify, ni Deezer, ni Jiwa ou MusicMe ne supportent ce format pour l'instant ni ne permettent de l'importer. C'est une lacune qu'il me paraît de plus en plus urgent de combler.

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commentaires

Cédric Libuda 11/05/2009 13:52

Peut-être que la constitution de playlists formera bientôt un des aspects de notre métier. Le rôle de médiateur pourrait alors pleinement s'exprimer et aider l'auditeur à se retrouver dans la jungle de la production...