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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 18:03



Dans quelques décennies, nos petits ou arrière-petits enfants tomberont sur des trésors dans nos greniers, des tombereaux de boîtiers de CD, ces petites galettes rondes sur lesquelles leurs ancêtres stockaient de manière assez rudimentaire la musique.

Je discute avec quelques amis autour d'un apéritif à l'occasion des 50 ans de notre hôte. Une playlist Spotify des familles tourne sur l'ordi qui trône dans le séjour. J'ai téléchargé et installé le logiciel en 5 minutes, avant de lancer la musique. Ceux qui ont amené des CD n'ouvrent même pas leur sac. La discussion tourne autour de ces nouveaux services de musique.

J'explique que très bientôt, moyennant un abonnement de quelques euros par mois, chacun de nous aura accès à un service comme Spotify sur son mobile. Que nous pourrons échanger instantanément des playlists ou des albums entre nous autour du même bar avec nos combinés, piloter à distance la musique diffusée par l'ordinateur ou une chaîne hi-fi via Bluetooth, ou encore programmer une ambiance musicale pour le repas en quelques secondes, en tenant compte de l'ambiance générale, des circonstances de la réunion et des goûts musicaux de chacune des personnes présentes.

Les questions fusent. Et si notre hôte n'avait pas de connexion à Internet, et qu'aucune borne wi-fi ne se trouve à proximité ? Questions d'autant plus pertinentes que nous sommes à quelques kilomètres d'une petite ville de province, dans un village où nos téléphones mobiles épuisent la charge de leur batterie à essayer de capter un réseau. Me voilà parti dans l'explication de deux principes : celui des systèmes de cache, et celui des « digital valets ».

Copie technique

Le premier consiste à stocker plusieurs heures de musique dans la mémoire d'un appareil, de manière à pouvoir les écouter sans que cela ne nécessite de se connecter à Internet ou à un réseau 3G. Dès que le combiné est à portée d'une borne wi-fi, sa mémoire cache est mise à jour automatiquement avec les dernières playlists de son propriétaire, les derniers albums qu'il a sélectionnés, les dernières recommandations de ses amis, les derniers podcasts téléchargés, etc.

Cette copie « technique » de quelques centaines ou milliers de titres de musique permet de suppléer, le cas échéant, l'absence de connexion à Internet. Mieux, elle permet de mettre en oeuvre des services de musique ne nécessitant pas de connexion permanente. C'est le principe retenu par Slacker, un appareil de radio interactive commercialisé aux Etats-Unis. Spotify utilise déjà ce système de cache sur le PC, ce qui lui permet d'alimenter son système de diffusion partiellement peer-to-peer.

Mais comment ces services vont-ils déterminer ce qui doit être mis à jour dans le cache du baladeur ou du combiné ? C'est là qu'interviennent les « digital valets », des assistants numériques qui connaissent parfaitement les goûts du propriétaire, sa personnalité musicale, la bande son de son existence, et qui ont conservé une trace de ses dernières pérégrinations musicales, sont capables d'établir des charts de ses artistes et chansons les plus écoutés, et d'agréger en bonne intelligence toutes sortes de paramètres permettant de programmer une synchronisation pertinente de sa mémoire cache.

Bien sûr, ces « digital valet » ne sont pour l'instant que des vues de l'esprit. On peut très bien imaginer, cependant, des « mashups » permettant de concevoir ce genre d'agent musical intelligent. En combinant par exemple les statistiques de Last.fm (mon profil) et des outils de génération de playlists comme Music IP Mixer. De quoi parvenir à un premier degré d'intelligence à des fins de personnalisation.

Agents intelligents

Cet agent intelligent peut aussi être doté d'une certaine autonomie et arpenter tous les réseaux sociaux, services musicaux et autres échanges de son propriétaire relatifs à la musique (par e-mail et messagerie instantanée, dans les forums, etc.), de manière à optimiser le degré de pertinence de la prochaine synchronisation, en fonction de paramètres divers que l'on pourra faire varier à volonté.

On pourra par exemple demander incidement à son agent de prévoir différentes ambiances musicales en prévision d'une soirée entre amis, en le mettant en relation avec les agents intelligents de tous les invités, de manière à ce qu'il tienne également compte de leurs goûts musicaux. On pourra également lui confier le rôle de maintenir à notre disposition, quelque soit le service auquel on se connecte (Deezer, Jiwa, Spotify, Last.fm, Pandora, etc.), l'ensemble de nos playlists, préférences et autres critères de navigation dans les catalogues de musique.

C'est dans ce domaine que résident les plus grands gisements d'innovation et de création de valeur ajoutée en matière de services musicaux. Et c'est ce genre de valeur ajoutée que nous serons tout à fait disposés à payer à l'avenir, au dessus de l'accès le plus ouvert qui soit à l'ensemble des catalogues, qui s'apparentera à une commodité.

Le « téléchargement » de musique, dès lors, lorsqu'il se produira encore, sera devenu une simple commodité technique totalement transparente, comme lors de la synchronisation d'un mobile ou d'un baladeur. Ce sera un simple moyen technique de suppléer l'absence sporadique de connexion au « cloud », au nuage musical sur Internet.

Dans ce contexte, le téléchargement « illégal », tel qu'il se pratique aujourd'hui, à la seule fin de constituer son propre nuage de musique en local, n'aura plus beaucoup d'intérêt. Et sa « gratuité » ne lui procurera plus vraiment d'avantage « concurrentiel » face aux offres de service légales. Il sera même devenu le parent pauvre de la consommation de musique.

Devoir télécharger la musique avant de l'écouter sera devenu un processus archaïque, une contrainte à laquelle nous n'aurons plus besoin de nous plier, tout au plus un dispositif technique transparent destiné, comme le système de cache de Slacker, à nous garantir une accès instantané au « cloud », en tout lieu et dans n'importe quelle circonstance.

Le contexte devient roi

Dès demain, les AppStores d'Apple, de Nokia, de Blakberry, de Google, vont regorger d'agents musicaux intelligents que l'on pourra installer sur son mobile ou n'importe quel baladeur wi-fi, et dont on pourra utiliser les services pour quelques euros par mois. C'est là que résidera, pour l'essentiel, la nouvelle économie de la musique. Et ceux qui la produisent pourront savoir, à l'instant T, combien de personnes, dans un village, une ville, une région ou un pays particuliers, ont écouté ou sont en train d'écouter tel ou tel titre.

Ce n'est plus le contenu en lui même ou le fait de le détenir, qui aura une valeur en soi, mais sa pertinence à l'égard du contexte dans lequel on y accède. Et la valeur ajoutée d'un service de musique, celle que le consommateur sera près à payer quelques euros par mois, résidera dans sa capacité à délivrer ce contenu en parfaite adéquation avec un contexte, qui pourra être une émotion ou une circonstance particulière.

Dès lors, c'est le nombre d'écoutes, et non le nombre de téléchargements, qui va déterminer la rémunération des ayant droit de la musique. Et plus les métadonnées qui accompagneront une chanson ou un morceau de musique seront riches et pertinentes, plus ils auront d'opportunités de ressortir dans un contexte particulier et d'être écoutés.

Cette évolution, un projet de loi comme Création et Internet ne l'anticipe pas du tout, avec toutes les conséquences que cela peut avoir : celle, par exemple, de brider l'innovation dans le développement d'offres légales à très forte valeur ajoutée, qui tiennent compte de ce nouveau paradigme. Mais le reste du monde, c'est une chance, n'attendra pas que la France se réveille.

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