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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 09:31

Son nom lui vient de la ville de Pergola d'où sa famille était originaire. Enfant très doué, il fut envoyé dès l'âge de douze ans au célèbre Conservatoire des Poveri di Gesù Cristo à Naples où il fut l'élève de professeurs réputés et exigeants dont Francesco Durante. Il y reçut une solide formation musicale centrée sur l'apprentissage de la beauté et des difficultés de l'opéra napolitain et de la polyphonie religieuse.


Son chef d'œuvre de fin d'étude au conservatoire, la Conversatione di San Guglielmo d'Acquittana, donné en 1731, le rendit célèbre. Sa jeune renommée lui fit recevoir immédiatement la commande de son premier opéra pour la saison qui commençait du Theatro San Bartolomeo. Son Salustia fut joué en hiver de la même année et connut un grand succès comme l'année suivante son Frate 'innamorato (le Frère amoureux). En 1732, il devint maître de chapelle du prince Ferdinando Colonna Stigliano, écuyer du vice-roi de Naples.


Pour Naples victime d'un violent séisme en 1732, Pergolèse composa sa grande Messe solennelle à dix voix, double chœur, deux orchestres et deux orgues ainsi que des Vêpres solennelles à cinq voix. Ces allers et retours entre la musique profane et la musique sacrée étaient fréquents à cette époque où les musiciens italiens faisaient jouer des œuvres profanes et religieuses pour un même public avec le soutien des mêmes mécènes créant ainsi naturellement des adaptions d'une musique pour une autre et par conséquent une proximité entre elles.


Le jeune Pergolèse écrivit ensuite plusieurs opéras et autant d'intermezzi. En effet, ces intermèdes dans le goût napolitain étaient des petites farces jouées pendant les entractes pour distraire le public qui les appréciait beaucoup. Il fit jouer ainsi en 1733 La Serva padrona (la Servante maîtresse), "intermezzo per musica", pendant les entractes de son opéra principal, Il Prigionier superbo. Cet intermède devint une œuvre autonome au succès exceptionnel tout comme Livietta e Tracollo joué l'année suivante qui connut également une carrière indépendante de son opéra principal.


En 1735, la santé du jeune musicien déclinait déjà et l'obligea à se retirer au début de l'année suivante au monastère des Capucins de Puzzuoli, près de Naples. Il écrivit pour les bons Pères Coi Cappuccini di Pozzuoli et c'est vraisemblablement dans leur monastère que Pergolèse a composé son Salve Regina et son superbe Stabat Mater qui lui avait été commandé par son mécène, le duc de Maddaloni. Atteint d'une tuberculose, il mourut en 1736 à l'âge de 26 ans.


Pergolèse était un musicien de génie dont l'œuvre pré-classique annonce celle de Mozart. Le mythe qui est né dans toute l'Europe autour de sa vie et de son œuvre après sa disparition représente un phénomène exceptionnel dans l'histoire de la musique comme ce sera le cas plus tard pour Mozart, un autre musicien de génie. Plus de 300 numéros d'opus lui ont été attribués dont seulement une trentaine a été reconnue par la critique moderne comme étant réellement du compositeur, phénomène témoignant de la réputation de ce grand compositeur.

Plusieurs années après la disparition de son créateur, la représentation à Paris, le 1er août 1752, de La Serva padronaQuerelle des Bouffons » opposant les défenseurs de la musique française ramistes (coin du Roi) et les rousseauistes (coin de la Reine), partisans d'« italianiser » l'opéra français. On peut dire que cette querelle a été un grand moment d'ouverture à des valeurs esthétiques nouvelles. par une troupe d'opéra comique italien déclencha la fameuse « 


Un extrait du Stabat par Véronique Gens et Philippe Jaroussky :



Et pour finir, une excellente chronique sur le Stabat Mater lue sur le site du sombre et de l'expérimental :

Guts of darkness  à propos de la réédition Deutsch Grammofon de 1988, dirigée par Ettore Gracis :

"Cycle chanté sur la base lyrique du poème du XIIIième siècle «Stabat mater dolorosa», le Stabat mater est une composition à la fois religieuse et profane. Religieuse dans ses textes, sa forme cantate, sa recherche de la spiritualité, et profane par la manière très humaine dont le drame est abordé.


Le Stabat mater de Pergolese est, à juste titre, le plus fêté du genre. Bien qu’inscrit dans la période baroque (qui s’achève en 1750, à la mort de Bach), le jeune Jean-Baptiste Pergolèse déploie à travers sa partition des systèmes d’arrangements, et surtout une mise en scène de la voix qui annonce largement la période classique. 


Au travers des 12 épisodes qui le constituent, on sera de fait aussi souvent confronté à la puissance lyrique et dramatique, qu’aux lamentations affectées, lentes et mystiques. Le premier duo qui commence la partition est tout simplement bouleversant. Une présentation instrumentale, grave et posée, installe l’atmosphère douloureuse et sévère de la pièce, violoncelles sombres, basse imposante, un tissu de cordes qui incite au recueillement… alors, lentement, les voix semblent s’éveiller du fond des ténèbres, se confondent ou se répondent, se croisent, pour tenter, dirait-on, de gagner la lumière.


Dès ce premier chant, et particulièrement dans ce disque qui fait le choix d’une mezzo pour la partie alto, malgré la solennité toute dévote du propos, on sent cette volonté de tirer des deux voix le potentiel expressif, tout autant que sonore. L’air pour soprano qui suit, par ses choix résolument lyriques confirme l’orientation. La partition est soudain plus rythmée, plus agressive même, avec ses accents de violons stridents et pathétiques, où le compositeur s’éloigne décidément de l’ornement baroque pour donner à sa partition la puissance dramatique nécessaire.


La voix solo s’y montre virtuose et affectée, mais aussi très emportée, douloureuse et puissante. Si Pergolèse prend parfois quelques libertés vis à vis du texte, au service de sa vision du chant roi, offrant des instants simplement enjoués et galants («Quae maerebat et dolebat», «Sancta mater», «Inflammatus et accensus»…), l’ensemble de l’œuvre n’en reflète pas moins la peine et le drame avec une grande intensité.


Le magnifique «O quam tristis…», aux voix doublées, subtiles et implorantes, délicatement soulignées de traits de violons doux, le lyrisme grave du «Eia, mater, fons amoris», où la grande Berganza atteint une puissance de chant interdite aux haute-contre, justifiant entièrement ce choix de distribution, «Fac, ut portem christi mortem» ou encore la splendide clôture «Quando corpus morietur», à nouveau saisissante d’émotion et de lenteur peinée, utilisent tour à tour la puissance pathétique, la gravité troublante ou même la douceur mélodique, pour nous parler des larmes, profondes, de la plus célèbre des mères.


L’humanité véhiculée par ces deux voix donne à cette œuvre une dimension vivante, et ainsi pathétique, fascinante. Les couleurs de l’orchestre sont autant discrètes que magnifiques ; Ettore Gracis , dans la logique de sa distribution, joue la carte du dynamisme, et avec son effectif réduit, atteint la force, si nécessaire, sans jamais tomber dans une lourdeur hors de propos. Car il s’agit là d’une partition d’une finesse extraordinaire, à la richesse mélodique et rythmique très inspirée, très contrastée, par laquelle on jouit autant de la beauté de la voix humaine que des subtilités d’un orchestre à la fois présent et délicat.


 Le Stabat mater de Pergolèse est une œuvre magnifique, très italienne dans ses joliesses orchestrales, mais aussi et surtout dans cette adoration pour la voix. A l’arrivée, un très, très beau disque, gracieux, généreux et émouvant. Plus d’une heure, délicate et douloureuse, assis dans la pénombre, à regarder dehors le soleil italien, prisonnier malgré soi dans le pont des soupirs."



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CBR Musique Hérault - dans Discographies
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